Qu'est-ce que le suicide ?
C'est une excellente question à dix francs, je vous remercie de me l'avoir posée pour pas un rond.
Le suicide, c'est la vraie différence entre l'homme et la bête. Nous ne devons pas croire à ces soi-disant suicides d'animaux, observés par des explorateurs junglophiles imbibés de bourbon, ou par de douteux entomologistes de squares, plus préoccupés de voyeurisme que de réelle recherche de la petite bête. L'un d'eux, je ne sais plus si c'est Jean-Henri Fabre ou Walt Disney, a cru voir un scorpion se suicider en se pinçant frénéti quement la queue jusqu'à ce que mort s'en suive. Peut-on sérieusement parler de suicide? Pour le savoir, pinçons-nous frénéti quement le genou, puisque nous n'avons point de queue. La mort s'ensuit-elle ? Que nenni1 Alors ? Pourquoi le scorpion meurt- il ? Parce que le scorpion crache son venin par le bout de la queue, alors que l'homme mange très proprement avec une fourchette, ou des baguettes s'il est batteur ou chinois. La mort du scorpion n'est point un suicide. Elle est purement accidentelle, car le scorpion, contrairement à mon beau-frère qui est gémeaux, ne sait même pas que sa queue est venimeuse.
S'il est vrai, comme je viens de le démontrer par le biais de cet argument caudal fulgurant - caudal, du latin « cauda » : qui a trait à la queue; ex : la nageoire cauda le = la nageoire de la queue ; le wagon caudal = le wagon de queue. Le concours caudal etc., etc. - s'il est vrai, dis-je, que le suicide est la seule différence entre l'homme et la bête, on peut affirmer également que le suicide est la seule différence entre l'homme et le chrétien. En effet, la religion chrétienne, dont la discipline est quasiment laxiste en ce qui concerne la longueur de la soutane dont l'opportunité du. port est laissée au libre choix de chacun, alors qu'il est interdit par l'Islam (le porc, pas la soutane), là religion chrétienne, disais-je avant de n'en plus finir entre deux virgules, la religion est résolument hostile au suicide. Un chrétien qui se suicide, c'est comme un oranger sur le sol irlandais, ou une fourmi de dix-huit mètres traînant un char plein de pingouins et de canards : ça n'existe pas. On ne verra jamais un chrétien se suicider. Ou alors, c'est qu'il est très malheureux et qu'il a envie de mourir.
Les causes de suicides sont multiples ; je ne les dirai pas toutes, vous vous jetteriez par la fenêtre avant que j'aie fini. Citons en vrac : la baisse du dollar, la trahison de l'être aimé, la mort d'un enfant (d'un enfant bien sûr), l'incurabilité d'une et cruelle maladie, ou d'une courte maladie rigolote, la hausse du dollar, l'arrivée des Russes par la Porte des Lilas, la du franc suisse, pour un Belge, la du franc belge, pour un Belge également, la compromission dans l'affaire Ben Barka, la dépression nerveuse, les dettes, la, faillite frauduleuse, la défaite de Saint-Etienne devant Sochaux, le refus de la sénilité diminutive et humiliante dite « syn drôme de Montherlant », la destruction de la récolte par le mildiou, la défaite de Sochaux devant Saint-Étienne, et enfin, la peur de la mort.
Paradoxalement, en effet, la peur de la mort est une cause fréquente de suicide. Notamment chez les vieillards. Qu'un vieil lard ait peur de la mort, c'est déjà anormal, mais qu'il mette fin à ses jours en se pendant dans la grange pour juguler sa trouille dans le même mouvement, voilà qui frise le mauvais goût.
Quelles sont les différentes méthodes de suicide?
La pendaison. Fort utilisée à la campagne, comme nous venons d'y faire allusion, parce que c'est très bon marché et qu'il y a des poutres partout. Inconvénient : la mort par pendaison s'accompagne d'une certaine raideur caudale légèrement ridicule, mais comme dit à peu près Brassens : « La pendaison papa, ça ne se commande pas. »
Le pistolet. Très viril et sans douleur, donc très apprécié des militaires et autres meneurs d'hommes, qui savent partir la tête haute et la cervelle par terre en laissant à leurs proches des dernières lettres boulever santes : « Adieu. Je quitte cette terre ingrate. Je ne pouvais plus supporter ma douleur, ni le concerto en Fa de Sçhônberg, ni les défaites répétées de Saint-Etienne. »
Le gaz. Totalement indolore, recommandé particulièrement aux suicidaires égoïstes qui se foutent complètement que l'im explose après leur mort, et aux humoristes de l'école Roland Barthes, puis que, je le rappelle, c'est en 1961 que Roland Barthes, observant à la télévision les gendarmes mobiles lançant des grenades lacrymo gènes sur des excités OAS, s'écria pour la fois au monde : « Ah ! le gaz part ! »
La lame de rasoir. Idéale pour fainéants pas pressés amateurs de mort lente. Utilisez de préférence le rasoir Gilette à deux lames : première lame coupe le poil sans arracher la peau. La deuxième lame tranche l'artère sans arracher le poil.
Le saut de la tour Eiffel. Très chic, très parisien. L'avantage du suicide depuis le troisième étage de la tour Eiffel, c'est que la durée de la chute, précédant la réception sous forme de bouse, permet au suicidé de réfléchir et bien souvent de changer d'avis en cours de route.
Il existe mille autres formes de suicide dont certaines sont assez vulgaires, comme l'absorption de barbituriques ou l'autopropulsion sous l'autobus 42. La plus originale reste celle de Jean-Jacques Dutronc, un marin marseillais qui se scia lui-même en deux à la tronçonneuse, en apprenant avec désespoir que Gaston Defferre était réélu maire de Marseille. Le malheureux a d'ailleurs survécu, au-dessus du nombril. Mais c'est une histoire de cul-de-jatte : elle est donc sans fondement. Soyons sérieux, comment croire raisonnablement qu'un monsieur Dutronc soit devenu cul-de-jatte uniquement parce que Defferre a repassé.
Mais, Dieu me tripote, voilà-t-il pas que ce discours sombre au plus profond de la sinistrose la plus sibérienne qui puisse se rencontrer à l'est d'Eden ?
A l'heure où j'écris ces,lignes, je me trouve effectivement à l'est d'Eden. Pour plus de compréhension, je demanderais à ceux de nos lecteurs qui se trouveraient à l'ouest, au ou au sud d'Eden, de se tourner par là, voir figure 1 ; par là, voir figure 2 .; ou par là. alors, direz-vous, où est passée la figure 3 ? C'est une excellente question, mais je n'y répondrai qu'en présence de mon avocat, car je sens bien qu'à compter de minute tout ce que je pourrais dire peut à tout moment se retourner contre moi, y compris ce missile anti-missiles qui siffle au-dessus de ma tête dans cet air lourd et pesant surchargé d'électricité et de parfums étranges, sentir figure 4. .
Mais, nous nous écartons du sujet et je dis halte-là, car à force de nous écarter du sujet, courons-nous point le risque de nous retrouver à Eden même? Et je vous le demande, qu'irions-nous faire à Eden ? Y a- j-il seulement des gonzesses et des flippers à Eden ?
C'est trop triste. Revenons plutôt au suicide qui est la plus noble conquête de l'homme, tout de suite après le cheval, la femme et les diamants, qui sont tous les trois d'excellents amis de l'homme, pour peu qu'ils soient bien montés. Nous avons déjà suggéré à nos sympathiques lecteurs plusieurs moyens d'en finir avec la vie et son cortège de misères (la faim dans le monde, la peur atomique, le cancer qui gagne, Saint- Étienne qui perd, etc. etc.). Nous avons vu comment nous jeter dans le vide (voir plus bas) ou comment nous pendre (voir plus haut). Nous étudierons plus particulièrement maintenant la dynamique propulsive de l'autodestruction pluri-négative inhérente au suicide, à travers quelques suicidés célèbres. Qu'est-ce que la dynamique propulsive de l'autodestruction pluri-négative ? Eh bien, selon Glucksmann et Lévy, qui furent les premiers à l'utiliser lors du premier symposium des Nouveaux Falots de la Nouvelle-Falosophie, cette expression ne veut rien dire, mais comme disait le regretté Roland Barthes, si on n'écrivait que des choses compréhensibles, on ne pourrait plus faire les préfaces des oeuvres complètes de Marx et Engels, les Marius et Olive du Socialisme à poil dur.
Nous n'évoquerons pas le suicide de Robert Boulin qui est encore trop frais, ni celui de Markovic qui est déjà trop pourri ni même celui de Montherlant qui partit superbe, en giflant son gâtisme en pleine gueule, encore moins celui de Jean-Louis Bory, papillon fragile empêché de voler par le carcan de la Normalité Universelle.
Penchons-nous plutôt du côté des suicidés comiques comme Vatel ou Adolf Hitler, par exemple.
Pour nos plus jeunes lecteurs, que préoc cupent essentiellement la carrière de Plastic Bertrand et l'avenir de la vignette moto, je précise que Vatel était cuisinier dans le civil, et Hitler, boucher dans l'armée. (Qu'on excuse l'expression pléonastique « boucher dans l'armée », la seule raison d'être des militaires depuis le début de l'humanité étant de trancher dans la viande.)
Vatel était au service du Grand Condé son plus jeune âge. Jusqu'à sa mort, il régna en maître sur les cuisines immenses du château de Chantilly, où vivait le Grand Condé, gueulasse en semaine, mais le dimanche il mettait un pourpoint propre. Un jour, le Grand Condé sira recevoir le roi Louis (le Grand, le quatorzième, celui qui faisait caca en direct à la fin du Conseil des ministres). C'était en 1671, c'est-à-dire plus de trois cent sept ans avant la victoire de Poulidor dans Paris-Nice, je le précise au cas où il y aurait des coureurs cyclistes qui en auraient entendu parler (pourquoi les coureurs cyclistes n'en auraient-ils point entendu parler, hein? Ce n'est quand même pas la pédale qui rend sourd).
La conscience professionnelle de Vatel et le grand respect qu'il avait de son métier ne se retrouvent plus guère de nos jours que chez certains hommes politiques qui vendraient leur mère pour plaire aux cons, ou chez quelques promoteurs efficaces qui s'usent la santé à déloger des vieux pour faire pousser des merdes. Apprenant que Louis XIV, alias Loulou Létassélui, venait dîner à Chantilly, Vatel envoya mander à Paris par cocher-express les plus beaux homards et les plus fins turbots qui se puissent trouver. Quand le roi arriva, il autorisa Vatel à lui lécher les semelles, honneur habituellement réservé à la seule noblesse d'épée. Vatel ne se sentit plus de joie. Tout en chantant son allégresse, il confectionna la plus belle mayonnaise melba du monde, avec des morceaux de betterave entiers dedans (pas d'utilisation prolongée sans avis médical). Hélas, la marée n'arrivait pas. A huit heures et demie du soir, la marée n'était toujours pas à Chantilly. Alors Vatel, dégainant son épée, s'en transperça le coeur en criant : « Vive le Roué », avec l'accent de Chantilly qui est dans le 78 ou même dans le 60, en tout cas, c'est pas des gens comme nous.
Quant à Adolf Hitler, célèbre homme d'Etat allemand de la première moitié du vingtième siècle, il n'aimait pas beaucoup les 78 non plus. Aujourd'hui encore, dans certains milieux intellectuels judéo-plouto cratiques plus ou moins manipulés par les francs-maçons, on le taxe parfois de racisme. Pourtant, il était très correct, il aimait beau coup les chiens et il embrassait les petites filles à bouquet en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants. Non, pas celui-là, le blond, là, avec les yeux bleus. Tu viens chéri ? »
Adolf Hitler s'est donné la mort dans sa cave, le 30 avril 1945, parce qu'il ne voulait pas faire le circuit de Nuremberg. Au même moment, les Russes arrivaient dans Berlin : des fois, quand ils traversent la Pologne, ils ne peuvent pas freiner.
Note personnelle: pour les fanatiques de suicides spectaculaires, il esiste encore plusieurs méthodes spéciales à Star Wars, notamment se placer devant le canon de l'Etoile Noire au moment du tir...